La foire aux questions
La consommation
Que ce soit dans notre pratique ou dans notre quotidien privé, de nombreuses questions nous
sont posées par rapport aux différents produits consommés par les personnes toxicodépendantes.
Sans viser à l’exhaustivité, nous avons tenu à identifier certaines des questions
les plus fréquemment posées et à y répondre.
- Que consomment aujourd’hui les personnes toxico-dépendantes?
- La majorité des consommateurs de produits stupéfiants sont aujourd’hui polytoxicomanes.
En effet, il devient de plus en plus rare de rencontrer un consommateur ne présentant une
dépendance qu'à une seule substance. S’il est vrai que la plupart des personnes suivies dans
notre institution sont dépendantes à l’héroïne, ils abusent également d’autres produits aussi
divers que la cocaïne, les "designer drugs" ou "club drugs", certains médicaments psychotropes
(Rohypnol ou tous types de benzodiazépines, à courte durée d'action) achetés au marché noir,
mais également du cannabis et de l’alcool.
- Y a-t-il de "nouvelles drogues" en vogue?
- Ainsi que nous le mentionnons dans nos précédents rapports d’activité, les "designer
drugs" ou "club drugs" demeurent des produits très à la mode, notamment (mais pas
exclusivement) dans les milieux techno. Les "designer drugs" constituent des produits
stupéfiants créés par des chimistes "sur une planche à dessin". Si certains de ces produits
étaient initialement destinés à un usage médical, leur "recette", leur production et leur
écoulement ont été repris par des fabricants clandestins. Parmi ces produits, citons l’ecstasy
(MDMA) et ses dérivés, les pilules dites thaïes (la méta-amphétamine) ou le PMA (ou
"Death").
Si la cocaïne n’est pas en soi une nouvelle drogue, certains modes de consommation
peuvent être considérés comme relativement récents (l’injection ou la consommation "en
base": le crack).
Les demandes de soins de personnes dépendantes à ces substances sont en nette
augmentation, particulièrement ces dernières années.
- Quels sont les effets de ces produits?
- Ces substances sont de puissants stimulants. En ce qui concerne l’ecstasy, les effets les plus
fréquemment recherchés sont l’empathie, la facilitation du contact, l’acceptation de soi et des
autres, l’absence de défensivité ainsi qu’un sentiment de paix. Quant aux amphétamines
thaïes, l’effet stimulant ainsi que l’accroissement de la confiance en soi qui lui est lié sont
encore plus puissants. Par contre, "l’effet empathique" est inexistant.
- Quels sont les risques majeurs pour celui qui consomme?
- Les risques concernent à la fois le somatique et le psychique. Sur le plan somatique, citons les
nausées, l’épuisement, les arythmies cardiaques, les hyperthermies ou encore l’AVC
(accident vasculaire cérébral). Sur le plan psychique, notons les troubles dépressifs, les
troubles du sommeil, les réactions agressives, les confusions mentales, les hallucinations,
voire même l’apparition de troubles psychotiques aigus chez des personnes présentant
déjà une vulnérabilité. Ajoutons qu’une consommation massive d’amphétamines thaïes peut
provoquer des lésions cérébrales par rupture des neurofibrilles neuronales. Le consommateur
peut présenter des symptômes similaires à ceux d’une commotion cérébrale!

- Et après une phase de consommation?
- Les symptômes de "descente" sont également spectaculaires et peuvent durer plusieurs
jours. Ils se manifestent par une sorte de faux état grippal, une absence complète d’élan vital
et des idées noires (durant ces phases, chez des personnalités fragiles, le risque suicidaire
augmente notablement).
Ce double phénomène de phases de consommation compulsive suivies de "descentes" pose
d’autres problèmes:
- celui d’un risque majeur de désertion socio-professionnelle
- celui de la compliance et de la régularité du suivi médical et psycho-social
- lors de consommation de manière compulsive et par voie intraveineuse, tous les
messages de prévention sont oubliés, d’où les risques majeurs de séropositivations au
HIV ou aux hépatites.
- Quelles sont les drogues les plus dangereuses?

- Il n’entre bien entendu pas dans notre propos d’établir un classement de la dangerosité ou de
la toxicité des différents produits inondant le marché. Contrairement à la plupart des idées
reçues, l’héroïne, malgré le fait qu’elle est mortelle en surdose et que son pouvoir addictogène
est extrêmement puissant, ne mérite pas forcément de figurer en tête de liste, cela pour
plusieurs raisons:
- Premièrement parce que l’héroïne ne constitue pas à proprement parler un «corps
étranger» à l’organisme qui produit naturellement des opiacés (les endorphines); de
plus, l’héroïne est pharmacologiquement moins toxique que l’alcool!
- Deuxièmement, il semble que les complications psychiatriques liées aux opiacés
soient moindres et moins fréquentes que celles dues à des stimulants tels que la
cocaïne ou les amphétamines thaïes par exemple
- Troisièmement, en ce qui concerne les traitements, il existe des produits de
substitution efficaces à l’héroïne, ce qui n’est pas le cas pour les autres substances
citées.
Rappelons que la toxicodépendance ne se définit pas par le produit mais par la
personnalité de celui qui le consomme. Toutefois, aussi bien la cocaïne que les nouvelles
drogues impliquent une réflexion permanente relative à l’établissement de traitements
adéquats et sont les défis thérapeutiques de demain.
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